Cette notion de besoins est nouvelle, elle est extrêmement productive, extrêmement fructueuse.
Elle constitue un principe d'action essentiel pour un enseignant qui veut entrer dans une logique d'accessibilité universelle, de conception universelle des apprentissages.
Toutefois les besoins peuvent être compris de deux manières différentes, et il est essentiel de bien distinguer ces deux modalités de compréhension.
Il faut concevoir les besoins comme un continuum ouvert et sans frontières, valable pour tous les élèves.
C'est ainsi qu'en 1978, Marie Warnock avait défini ce qu'elle avait appelé les « special educational needs », traduit bien plus tard comme besoins éducatifs particuliers.
Marie Warnock concevait les besoins comme un continuum, et elle contestait le fait qu'on puisse identifier des catégories de besoins en fonction des types de difficultés ou de troubles présentés par certains élèves.
Il y a deux manières de concevoir le besoin.
La première consiste à considérer que certains élèves ont des difficultés liées à des déficits, des troubles, des problèmes particuliers — et que ces besoins sont la répercussion de ces difficultés intrinsèques.
Pour répondre à ces besoins, il faudrait compenser individuellement la répercussion de ces troubles. On peut qualifier cette conception d'interne, car elle consiste à attribuer le besoin à l'élève lui-même.
Il existe une autre conception, bien plus moderne, beaucoup plus conforme à l'idée de conception universelle des apprentissages.
Selon cette conception, le besoin apparaît en contexte d'apprentissage. Il n'est pas préalable à l'entrée en activité, mais résulte de l'interaction entre les propositions pédagogiques et didactiques de l'enseignant et l'élève lui-même.
Ainsi le besoin n'est plus compris comme la répercussion d'un trouble, mais comme une réponse à un obstacle rencontré par l'élève dans la situation pédagogique.
On peut alors concevoir les besoins dans une perspective écosystémique — dans l'écosystème de la situation d'apprentissage — et non plus comme une caractéristique intrinsèque de l'élève, présente avant même qu'il n'entre dans l'activité.